Le bruit des talons, la fille qui les porte et le monde autour

Talons

Photo de a_whisper_of_unremitting_demand source Flickr

J’étais dans le couloir en train de regagner le quai du métro.

Il y avait cette fille derrière moi, je ne l’ai pas vu, mais le clac, clac de ses talons attire mon attention.

Je ralentis pour voir à quoi elle ressemble, enfin surtout j’avais envie de voir à quoi ressemblaient ses chaussures.

Elle avait une belle allure, un joli petit sac de shopping, blanc d’un côté et rouge avec des pois blancs de l’autre. Un manteau gris, large, un jean noir et des boots marron clair.

Elle ne ressemblait pas à l’idée que je m’en étais faite en écoutant le son de ses talons. Je l’imaginais plus âgée, avec une allure plus working girl. A écouter le son de sa démarche, je me fis la réflexion qu’elle semblait plutôt zen et qu’elle avait du passer une bonne journée.

Je prête souvent attention à ce bruit. J’ai l’impression que le rythme et le bruit d’une démarche sont le reflet de l’état d’une personne à un moment T surtout depuis mon dernier achat de boots à talons. Je  fais partie de ces personnes qui pensent qu’un vêtement ou des chaussures, ça change une attitude. Pour moi un joli sac peut donner confiance ou telle paire de chaussure me fera me sentir belle, séduisante. Question féminité, je mise beaucoup sur les chaussures, j’attends d’elles qu’elles me filent un peu de cette féminité qui me fait parfois défaut (en toute subjectivité, je manque encore de lucidité là dessus). En essayant mes boots dans le magasin, je me disais : ah bah voilà un bout de féminité (re)trouvée. Je rêve depuis tellement longtemps de trouver chaussures à talons à mon pied que je désespérais de trouver une paire qui me conviendrait. J’ai plusieurs paires, mais il y a toujours un moment où j’ai mal, où j’ai la sensation d’être déguisée, où autre variante j’ai la cheville qui part en cacahuète parce que le talon est beaucoup trop fin. D’habitude, je me sens gauche, j’ai l’impression d’avoir une démarche de fille qui a picolé un peu trop de Mojito. Et par dessus tout, j’ai l’impression que c’est le bruit de mes talons qui me trahit, il dévoile trop de mon manque d’assurance, de mon hésitation à accélérer le pas, de ma peur de tomber, de glisser dans les escaliers. La démarche n’est pas fluide, je me sens étriquée. Et puis, j’ai toujours la sensation que les gens autour se rendent bien compte de mon malaise shoesesque.

Donc ces boots de toute beauté, malgré le cuir et le talon de 5 cm, je n’ai pas eu mal au pied depuis que je les porte. Un miracle que je ne m’explique pas. Du coup, je les porte presque tout le temps pour bosser, sortir avec les copains, faire une chtite balade dans un parc. Toutes les occasions sont bonnes.

Ce qui ne me déplaît pas aussi c’est l’impact qu’elles ont sur mon attitude. Je le sens que ma démarche est plus chaloupée. Je me surprends parfois à onduler sacrément des hanches. Je me tiens un peu plus droite. Au boulot, quand je suis avec des personnes extérieures au théâtre, j’ai enfin la sensation de ne pas avoir l’air d’une ado attardée, mais plutôt d’une working girl décontractée, mais chic. Pour une fois, je ne me sens pas déguisée avec ces chaussures. Je trouve une liberté de mouvement tout à fait surprenante alors que je suis en talons. Je galope, je sautille, je marche vite, je fais ma dadame aussi, mais à aucun moment je n’ai l’impression de devoir contrôler ma démarche. Et le bruit. Rah ce bruit, plus brut, plus sûr, plus présent. Ce bruit qui me rassure parce qu’il me permet de mettre en avant une belle assurance. J’aime bien arriver au bureau et marcher dans le couloir et savoir qu’à mon pas mes collègues savent que je suis arrivée.

Alors parfois je m’interroge, est ce la femme en moi qui rend ces chaussures aussi désirablement féminines ou bien est ce que ce sont ces chaussures qui m’insufflent cette jolie assurance pleine de féminité.

Mouais, j’aime me poser des questions existentielles.

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11 Réponses

  1. […] non, mais parce que ma paire de talons, elle est bien jolie, mais face aux températures bien basses qu’on se tape en ce moment, […]

  2. ! c’est fou parce que je ressens exactement l’inverse, si mes talons claquent au sol ça me fait perdre totalement toute confiance si j’ai le tort de trop y penser…je n’ai qu’une envie : leur crier « chuuuut, mais vous allez vous taire, on va nous voir!! »
    et chez les autres ça attire mon intention quelques instants et puis j’oublie aussitôt…

    1. Coucou Lheureuse,
      Bah moi aussi d’habitude, jusqu’à présent quand j’avais des paires dans lesquelles, je n’étais pas à l’aise j’avais aussi envie de leur dire chut (hi hi j’aime bien ta phrase). Mais je sais pas, c’est cette paire, elle me plaît tellement, je me sens tellement bien dedans que voilà ça ne me dérange. Sauf quand je rentre très tard le soir et que je ne veux pas me faire remarquer, mais sinon ça va, ça me plaît.
      Bon après midi 🙂

  3. Pour répondre à ton questionnement final, je crois qu’il s’agit plutôt d’un bel exemple de symbiose ! Vous vous soutenez mutuellement, tout simplement 🙂
    Je n’ai même jamais essayé de chaussures ou bottes à talons aiguilles, je sais d’emblée que je vais me rétamer avec ! Je préfère largement être à l’aise avec des talons plus larges et de maxi 5 à 6 cm de haut, au cas où j’aurais besoin de courir. Et comme j’ai l’habitude de marcher relativement vite…

    1. Ha ouais pas mal Sev, l’idée de la symbiose, il y a un soutien mutuel oui tu as peut-être raison.
      Je ne porte pas de talons aiguilles non plus, ils ne portent pas bien mon gabarit et j’ai toujours la sensation d’être déséquilibrée et de manquer de me casser la figure. Je dois en avoir une paire que je ne mets jamais et que je ferais mieux de revendre. Les talons que j’ai sont larges et font 5cm. C’est pour ça aussi que je n’ai pas mal avec, la chaussure à talons, c’est quelque chose hein :-).
      Bonne journée !

  4. Très bon texte ! Je m’identifies beaucoup !

    En revanche, si tu me permets (tu pourras toujours effacer le commentaire sinon, je ne me vexerai pas 🙂 ), je voudrais m’arrêter sur les chaussures en cuir. Il y a une véritable mode en Israel depuis cet été : tout le monde (enfin, on se comprend) est en train de passer veagan. Je ne sais pas si c’est arrivé France, il y a 3 ans quand j’avais commencée à simplement me faire végétarienne, les gens me regardaient sérieusement de travers. C’est un vrai cheminement intellectuel que d’arrêter de manger de la viande, et puis, progressivement, tout ce qui est également issu des animaux (lait, oeufs, miel, cuir). Ca demande du temps et de la réflexion, et je sais bien que la tradition culinaire francaise fait que cette idéologie mettra sans doute plus de temps à arriver à l’Hexagone qu’ailleurs. Aussi, je ne me risque pas à développer moi-même les arguments, mais je te laisse le lien d’une conférence d’un militant américain qui a convaincu des centaines de milliers de gens :

    voilà, j’aurais peut-être du t’envoyer ca en message perso. J’ai pensé que ca pouvait intéresser tes lecteurs, mais si tu trouves ca trop intrusif, je comprendrais très bien !

    1. Hello Myriam :-),
      En France, être végé je pense que ça reste encore perçue comme un truc de bobo ou de personnes perçues comme étant un peu trop extrêmement healthy. Et je pense que des gens se disent qu’être végé c’est chiant.
      Je ne savais pas que tu étais végé, comment es tu venue à le devenir ? VG c’est un mode de vie qui porte sur la nourriture et la manière de s’habiller. Et en tant que tel, je comprends que tu te sois arrêtée sur le cuir de mes chaussures :-). Perso, j’ai du bol parce que l’une de mes amies les plus proches est végé depuis pas mal d’années et c’est elle qui m’a fait découvrir les joies des repas avec des légumes très bien préparés et elle m’a fait goûté des produits sans protéines animales. Perso, il m’arrive très souvent de faire des repas sans viande et de prêter attention à ce qui se trouve dans les aliments, de faire de petites courses au bio de produits qui ne sont pas faits avec des protéines animales ça reste rare parce que le bio c’est vraiment trop cher). La seule bloggueuse que j’ai rencontré en vrai, c’est Panda Vg et elle a un blog top qui porte sur le sujet. Elle avait d’ailleurs parlé de cette vidéo que tu as mis en lien :-). Tout ça pour dire que je suis portée sur le sujet.
      Mais pour l’instant, ça s’arrête là pour moi, même si je réfléchis beaucoup à la question. Je m’interroge aussi sur la manière dont les animaux sont exploités. Je réfléchis aussi parfois à ce que cela impliquerait pour moi de devenir végé. Je n’ai pas franchi le pas, un jour peut-être, mais je me laisse du temps.
      Pour ce message, non pas du tout intrusif. Tu exposes une idée, tu le fais toute en intelligence donc normal que je laisse le message et la vidéo :-).
      Pour le blog de PandaVG, si tu veux jeter un oeil c’est par là : http://echosdansmatete.over-blog.com/
      Il y a un autre blog que je suis de temps en temps où la blogueuse fait des supers recettes végé, elle est vraiment créative, c’est par là : http://soyaetchocolat.com/

      Au fait Joyeux anniversaire bloguesque, 3 ans c’est beau !!!!!

      1. Merci !
        Et merci pour les liens, je vais aller jeter un oeil….
        Je suis devenue végétarienne d’abord pour la question de la santé, je me débattais à l’époque avec une collopathie et je voulais perdre du poids et j’avais lu le bouquin d’Allen Carr qui conseille de tout miser sur les fruits et légumes.
        Je n’ai jamais été très carnivore, les abats etc me dégoutaient déjà et je ne mange pas de poisson depuis toute petite. J’adore toujours la viande rouge, les plats en sauce, les bolognaises… Donc j’avais un peu de mal à tenir.
        En arrivant en Israel, j’ai découvert l’aspect idéologique des choses, la question du droit des animaux et une réflexion plus globale sur la consomation et la pollution.
        Aujourd’hui, il m’arrive encore d’avoir très envie de viande et dans ce cas j’écoute mon envie. Mais l’idée a fait un tel chemin dans ma tête, que c’est de moins en moins fréquent.
        Nous évitons aussi les oeufs et les produits laitiers, tant que faire ce peut, sans fanatisme non plus et sans trop imposer ca aux autres.
        Pour le cuir, je n’ai évidemment pas jeté toutes mes chaussures, mais cet hiver, je me suis trouvée des paires de bottes en simili qui sont super jolies et ont couté nettement moins cher en plus ! Il faudra évidemment pas mal de temps pour que la tendance arrive vraiment dans le monde de la mode… Mais pour tout te dire, quand j’entends parler de la polémique sur les lunettes de Pulvar, ce qui m’hallucine plutôt que le prix, dont je me fous, c’est que personne ne se dise qu’on a arraché un morceau de corps d’un être vivant pour en faire un accessoire de mode !
        Personne n’y pense, c’est normal, on n’en parle pas, mais pour moi c’est l’équivalent aujourd’hui des horreurs que l’on débattait couramment sur les femmes ou les Noirs il y a encore pas si longtemps.
        Oui, c’est chiant de changer ses habitudes alimentaires, de ne pas pouvoir manger certains plats à l’odeur délicieuse, mais une fois qu’on comprend l’horreur quotidienne que vivent les animaux d’élèvage, on voit les choses différement :-)!
        Bisous

        1. Coucou !
          C’est super intéressant, cet aperçu de ton cheminement qui t’a menée vers une alimentation végé. Allen Carr, j’en avais entendu parler par rapport à ses méthodes pour se sevrer du tabac avec succès.
          Perso, ça fait pas mal d’années que je réfléchis à la souffrance animale, déjà pour tout ce qui est fourrure je suis outrée et le peu de ce que je connais en terme d’accessoires de mode, ça me hérisse. Pour le côté végé, j’y pense aussi par rapport aux bienfaits que la nourriture peut faire sur notre corps. Manger mieux (et je parle même pas de modération) ça fait partie de mes objectifs 2013. C’est vrai que quand tu replaces cela dans une réflexion plus globalisante sur la consommation et la pollution, ça permet de s’éloigner du côté « chiant » ou « tendance » lié au fait d’être végétarien et que des gens voient souvent en premier. Il y a une vraie réflexion derrière tout ça et c’est tout à fait admirable.
          En tout cas, c’est un sacré parcours je trouve ta prise de conscience tout à fait salutaire, voir les choses différemment et faire avancer notre propre manière de penser dans ce domaine, c’est pas facile et j’ai l’impression que tu as plutôt bien réussi :-).
          Bisous !

          1. 🙂
            Merci,
            Mon chéri y est pour beaucoup, la cause animale lui tient à coeur depuis des années… Ce qui ne l’empêche de manger très mal (pizza…) et une alimentation saine fait aussi partie de nos objectifs 2013 (je commence un cours de quelques séances en janvier).
            Pour ce qui est des animaux, je pense tout simplement que nous sommes tous victimes d’une dissociation cognitive historique qui nous fait séparer complètement l’amour qu’on peut avoir pour les animaux et le fait de les avoir dans notre assiette.
            Moi-même, je n’ai jamais été particulièrement friande du monde animalier, même les animaux de compagnie. Mais depuis que j’ai mon chat, je suis complètement gaga et surtout j’en suis venue à la considérer comme un être à part entière qui ne parle tout simplement pas la même langue que moi et envers qui j’ai une responsabilité « parentale » mais qui a des droits tout comme n’importe quel être.
            C’est un vrai question philosphique en fait. Les Droits de l’homme ont été déclarés suite à la Révolution, il y a plus de 200 ans, mais ils ne concernaient que les hommes blancs et majeurs. Depuis, la société n’en finit plus de se transformer, à chaque fois que ces droits concernent un groupe de plus : les femmes et les Noirs environ en même temps, puis les enfants, grace à l’émergence de la psychologie qui nous a fait piger que les enfants ont un psychisme tout comme les adultes, puis les « indigènes » ( avec des milliards de guillemets, on se comprend), puis les homosexuels (on y est toujours) et puis maintenant les animaux….
            C’est compliqué parce que plus on inclut de monde, moins la société peut rester une pyramide et plus elle tend à une organisation horizontale dans laquelle tout le monde se vaut mais ou la question du pouvoir est en permamence posée,et celle de l’identité et de la hierarchie des cultures aussi… Le communisme, qui veut que tout le monde soit exactement pareil, nemarche pas mais quand on laisse cours à la libre intiative, il y a forcément une hierachisation qui se fait et une violence qui s’exerce à l’encontre des groupes les moins puissants…
            Est-ce que nous sommes capables de vivre sans etre dans la course au pouvoir tout en restant libres ? Est-ce qu’on peut instaurer des règles de vie commune qui ne soient pas automatiquement basées sur l’exclusion de certains (comme pour le mariage homo en ce moment) ?
            Bref, très très vaste sujet…..
            Bonnes fêtes !

            1. Eh bien quel raisonnement tu arrives à faire entre les notions de hiérarchie entre individus, les droits de l’homme et la notion de pouvoir. Je suis impressionnée et je trouve ton raisonnement très pertinent. On s’en aperçoit de plus en plus d’ailleurs que les gens ne veulent plus être dans un système où l’on se trouve « inférieur » à un autre individu. Enfin, moi ça me fait horreur, je conçois pas le monde comme cela.
              J’ai toujours eu des chats, mon chat actuel je le prends comme un petit être à part qui n’est pas une peluche ambulante que je peux prendre comme ça pour faire des bisous à tout va (j’étais comme ça plus jeune), maintenant je me dis que bon lui aussi a son caractère et que comme n’importe quel être vivant je le respecte.
              Et puis maintenant mon empathie va bien au delà des humains, ça touche aussi à toutes les petites bêtes et je ne peux plus me voiler la face dessus. Forcément, cela me fait reconsidérer les choses.
              Je ne comprends pas les formes d’exclusion, mais je m’interroge vraiment sur nos capacités à le faire. Quand j’entends les discours de haine sur le mariage homo, je me sens découragée et je me dis que c’est pas de sitôt que les mentalités évolueront. Mais je repense souvent à Rosa Parks, un tout petit bout de femme, couturière, noire qui un jour a choisi de ne pas rester dans les clous qu’on lui a imposé et qui par cet acte a engagé un mouvement qui a fait évoluer le système américain. Qui aurait pu croire dans les années 50 que les ricains éliraient dans les années 2000, un président de couleur noire à la tête du pays. C’est comme ça que je me dis que à force d’actions (même infimes soient-elles), on fait évoluer les choses. Mon côté utopiste quoi 🙂
              Bonnes fêtes aussi ! Bisous !

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