Etre mal à l’aise pour autrui, mmhmm moui c’est intéressant

C’était à la fin d’un spectacle. Je discutais avec le régisseur de mon théâtre, sa chérie et des membres de la troupe ayant joué ce soir là.

Un petit groupe s’est formé, certains bavardent de la pièce, d’autres discutent de futurs projets, d’aucuns rigolent en dégustant leur verre de vin.

C’était un joli moment de détente d’après spectacle, un moment où les comédiens déstressent et où ils se demandent ce qu’ils vont bien pouvoir faire ensuite de leur soirée.

L’un des comédiens entreprend de raconter une blague.

L’un des personnages de la blague est bègue. Du coup, le comédien fait un premier dialogue en bégayant. Puis il reparle normalement pour reprendre le cours de la blague. Puis il se remet à bégayer et ainsi de suite.

A ce moment là, je sens un léger flottement. Certains comédiens regardent leur pied ou la façade du bâtiment d’en face, faisant mine d’être happés par autre chose.  Deux autres conversent discrétos faisant fi de la blague racontée juste à côté d’eux. J’en vois certains se faire la malle. Quant à moi et d’autres personnes, nous essayons de nous concentrer sur la blague.

Après de looooongues minutes, je suis mal à l’aise pour ce jeune homme. J’ai l’impression qu’il n’assume pas totalement de faire une blague en adoptant le point de vue et la manière de parler d’un bègue. Plus il raconte son histoire, plus il semble nerveux. Personne ne rit, les gens semblent au mieux s’ennuyer, au pire être mal à l’aise pour lui. Bientôt, il se met à faire son sketch en appuyant encore plus le trait de son « personnage ».

La situation devient vraiment gênante. Il vit un très grand moment de solitude. Je trépigne d’une jambe sur l’autre, je pince ma lèvre inférieure. C’est un désastre et je me sens dans une mauvaise posture d’assister à cela. Alors. Très courageusement. Je m’en vais un peu plus loin.

J’en parlais ensuite avec la chérie de mon collègue et je lui expliquais qu’il m’arrivait de me retrouver en totale compassion avec les gens (comme ici), cela peut-être des ami(e)s ou des inconnus d’ailleurs. Quand je sens un malaise, une angoisse, un stress chez l’autre, c’est plus fort que moi, je me sens à mon tour embarrassée.  Cela peut m’arriver quand par exemple, je vais voir un spectacle de théâtre amateur et que l’un des comédiens oublie son texte. Il tente de faire comme s’il était en totale impro, mais on s’aperçoit bien vite que le mec est en train de galérer pour rattraper son passage ou que je vais regarder un/une comique faire son one (wo)man show au Jamel Comedy Club et que je vais m’apercevoir que cette personne a fait rire les gens une seule fois, depuis qu’elle est rentrée sur scène il y a 5 minutes. Elle essaie de faire bonne figure, mais on sent la tension de celui/celle qui sait qu’il/qu’elle ne fait pas rire l’assistance, mais qui essaie quand même de le faire en désespoir de cause.

Ça va me faire la même quand je vais assister à la soutenance de thèse d’une copine et que pendant toute son intervention, je suis stressée parce que je redoute qu’elle bute sur une question ou qu’au cours de sa présentation, elle oublie de dire quelque chose. Je vais ressentir ça aussi quand je vais voir une chanteuse américaine comme disons…Britney Spears, se gourer dans les paroles de sa chanson et dans sa chorégraphie. Elle se ridiculise, tout ça devant des millions de téléspectateurs.

Ça fait longtemps que je réfléchis à ce qui pouvait me rendre dans cet état, trop d’émotivité ? trop de compassion pour autrui ? trop de place laissée à l’émotion que je ressens chez l’autre ? Tu l’auras compris, je ne me l’explique pas vraiment en fait et ce qui est terrible, c’est que j’ai l’impression qu’avec les années ça empire.

Toujours est-il que pour le comédien qui a donc raconté sa blague pendant au moins 3 bonnes minutes (j’exagère à peine), la fin de sa blague a été un véritable four. Il ne restait plus que 2 personnes, ils ont esquissé un tout petit sourire, il y a eu un blanc puis ils sont partis. Lui, il est resté là, seul, l’air très fatigué en train de tirer nerveusement sur sa clope.

Eh bah, ouais, quand j’ai vu le bide qu’il s’est pris (car oui je suis restée pas loin, pour écouter si finalement la blague était un succès, mais en fait non) je me suis sentie gênée pour lui. Ça m’agace en fait. J’aimerais être moins sensible à ce genre de choses, j’aimerais ne pas me laisser envahir comme ça par les émotions d’autrui. Parce qu’au final, j’ai l’impression d’en souffrir un peu.

Bon alors je sais que le rejet n’est pas la meilleure façon de résoudre ça et que de me raisonner pour ne plus ressentir cette empathie, ne va pas non plus régler la chose. Parfois, je me dis qu’il faudrait déjà que j’accepte ce ressenti tout simplement et après…bah après on verra, chaque chose en son temps.

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13 Réponses

  1. Et ben tu ne nous racontes même pas sa blague lol?
    Moi je suis plutôt à la place du comédien qui se fout la honte. Je sais pas pourquoi et je me dis toujours après coup que j’aurais mieux fait de rester discrète et silencieuse au lieu d’avoir voulu attirer l’attention.
    Du coup j’ai vite pitié pour les autres quand ce n’est pas moi qui me tape l’affiche. Alors empathie ou expérience lol?

    1. Non, la blague c’est juste pas possible que je la raconte, je vais perdre tout mon lectorat. ET puis pour être honnête, je n’y ai rien compris 😉
      Empathie ou expérience ? Les deux mon capitaine. La blague qui tombe à plat, ça m’arrive souvent. Mais je trouve ça drôle en fait de me taper l’affiche alors je ris !

  2. […] scènes flippantes, je me sens mal, vraiment mal. Mon empathie (dont je vous avais déjà parlé ici) avec les héros, me pousse dans des abîmes d’angoisse et de peur. C’est donc en toute […]

  3. Mon Homme est comme toi! Il est ultra réceptif au malaise d’autrui et sera vite mal à l’aise. Même si on regarde une série et que les héros sont dans cette situation, il se planque derrière un coussin en me disant: « Non, je peux pas regarder! ».
    Bisous

    1. Coucou Cla,
      Oh, mais oui comme Steeve, quand il y a une situation où un personnage est mal à l’aise dans un film, je me planque ou je me retiens de me planquer parce que si je suis trop, trop mal pour autrui.
      Merci de l’avoir raconter poulette, bon réaménagement d’appart 🙂

  4. Ah mais moi carrement parfois j’ai l’impression que c’est moi qui vit la loose je le vie a fond et j’ai mal aux trippes pour celui ou celle qui se prend un vent, un bide, etc etc !!
    Une fois une copine s’était prit une enguelade carabiné par le prof ! Sa tête livide sa gène sa honte m’avait retourné le coeur et j’en avais chialer pour elle ! Le prof en était sidéré il m’avait dit c’est pas toi que j’engueule !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Mais moi je suis comme ça si des gens se prennent la honte un vent une engueulade je le prend pour moi !!!
    Et même parfois quelqu’un qui commence une conversation puis d’un coup tout le monde s’en detourne car prit par autre chose ou parce que la conversation est ininterressante alors tout le monde essaye de se barrer discretement bein moi je l’écoute comme une poire parce que j’ai de la peine pour cette personne même si sa me soule parfois grave Lol !

    1. Coucou Marielle,
      Encore un commentaire qui me rassure, je pensais vraiment être un peu, beaucoup pas très nette d’être autant dans l’empathie pour les gens. Quand tu dis « j’ai mal aux trippes » bah ouais c’est exactement la sensation que je peux avoir, comme ton malaise avec l’engueulade de ta copine et pour la conversation. Pour l’anecdote que je raconte, je me suis sauvée parce qu’il y a quelques personnes qui sont restées, mais s’il n’y avait eu personne je serais restée aussi alors que ça m’aurait sûrement soulée. Ah ah. Merci bibichette ! Bon dimanche !

  5. Je suis pareille 🙂 on est juste sensible et das l’empathie, ce qui nous rend chouettes 😉 bisous!

    1. Ouais c’est vrai que ça a un côté chouette Elo tu as raison, merci ! 😀

  6. Moi aussi !!! J’ai même pitié des personnages qui se ridiculisent dans les films ! Et à ta place dans cette situation, je serais sans doute restée jusqu’à la fin en forcant un rire d’empathie pour le pauvre comédien… (surtout que pour en avoir fréquenté quelques uns, c’est une catégorie socio professionnelle à l’égo plus fragile qu’un chaton). Décidément, y a sans doute un ensemble de traits de caractère qui mène à l’écriture 🙂
    C’est un curieux mélange d’ailleurs parce que je suis très commère et je peux avoir la langue très bien pendue, mais en même temps je déteste quand on se moque « méchament » des autres… Bref, je suis trouve que c’est une qualité plutôt sympathique, non ? Ca veut dire qu’on a un bon fond (et qu’on soutient Obama).
    Bisous !

    1. Roh, j’osais pas l’écrire, je me suis dit que l’on me prendrait pour une dingue, les films ou les séries dans lesquelles les personnages vivent une situation ridicule ou de souffrance, je me sens hyper mal à l’aise. C’est pas mal d’avoir partagé ça, je ne suis plus seule :-).
      Pour l’ensemble des traits de caractère menant à l’écriture, je ne sais pas, est ce que les écrivains et écrivaines se ressemblent vraiment ? Ou bien c’est juste que toi, moi et quelques autres personnes, on se ressemble sacrément. C’est une bonne question tiens.
      Moi aussi j’ai un côté commère, j’aime bien être au courant des choses sans forcément les répéter d’ailleurs, juste j’aime bien être au courant. Et puis je peux être taquine avec mes copines, mais pas dans leur dos. Moi aussi j’aime pas me moquer méchamment, ça m’est arrivé parfois de me rendre compte que j’étais allée un peu loin dans la blague et je m’excuse dans ces cas là, sinon je me sens trop mal.
      By the way, je t’ai mis un petit mot sous ton dernier article sur fbk, j’ai vraiment apprécié ce que tu as écrit. Je trouve qu’il y avait plus d’émotions et plus de « toi » dans tes mots, un billet vraiment top comme les précédents, mais encore plus :-).
      Bon après midi, bisous !

  7. Je compatis parce que suis exactement pareil. Je chope vite mal au bide dans ce genre de situations à la place des gens. Une fois j’étais malade pour une copine qui se faisait démonter par un jury. Elle est ressortie avec le big smile : pour elle, c’était pas grave, pour moi, c’était horrible. Je me dis que peut être les gens assument tout de même. Pire, pour moi : les gens qui pleurent. Peu importe s’ils sont gentils méchants, victimes ou coupables, ça me serre le coeur à chaque fois.

    1. Pfiouh, je me sens moins seule là. Pour le coup du jury et de ta copine, j’aurais été pareille. Ça m’aurait serré le bide de la voir se faire démonter. Les gens qui pleurent, c’est terrible quand je vois quelqu’un qui pleure dans les transports, j’ai envie d’aller voir la personne et de lui dire un truc sympa ou de lui filer un mouchoir.
      « ça me serre le coeur », l’expression est bien trouvée pour exprimer ce que je ressens dans ces cas là 🙂
      Bonne journée, Marcelle !

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