Comment on en arrive là ?

C’est la question qui m’est venue la semaine dernière pendant que je déambulais dans le métro. Je regardais des jeunes femmes qui sillonnaient les Halles et je les trouvais toutes jolies.

Toutes. Et je ne sais pas pourquoi, mais à un moment je me suis dit que parmi toutes ces jeunes femmes, il devait y en avoir plus d’une qui étaient tombées dans une obsession vis à vis de son poids. Comment on en arrive un jour à ne se voir qu’à travers des chiffres , à être obsédée par ces chiffres ? Combien je pèse, combien j’ai perdu, est ce que j’ai changé de taille, est ce que mon tour de taille est plus petit, est ce que j’ai perdu des cuisses.

Je me suis demandée comment se développaient des pensées obsessionnelles sur le sujet. Forcément, ça me renvoie à moi et mon rapport avec tout ça n’est ce pas.

Je suis une jeune femme pleine de qualités. Bon je m’estime plutôt jolie, vive avec du charme je crois (allez c’est la teuf, je me lance des fleurs aujourd’hui).

Je sais que ça va vous paraître étonnant dans la mesure où je parle quand même très souvent ici (ô doux euphémisme), de poids, de taille et de complexes, mais j’ai vraiment été beaucoup plus obsessionnelle que ça à l’époque où j’étais dans ma quête du régime qui me donnerait un corps parfait (oui, oui, ça pouvait être pire).

A cette époque, mes humeurs et mon comportement étaient dictés par la loi des chiffres. 500 grammes de perdu et c’était la fête. Plusieurs kilos de perdus et je me sentais la reine de la pampa. Mais le revers n’était jamais très loin et dès mes kilos repris je me sentais de nouveau mal et je « repartais en guerre contre les kilos » et ainsi de suite jusqu’à la prochaine perte de poids, suivie de la reprise de poids et ainsi de suite (le fameux effet yoyo. Y a pas mieux pour flinguer l’estime de soi). Des années de yoyotage aiguë et pas une once de remise en question de mon but suprême : maigrir.

Et maintenant que j’ai envie (enfin) de faire honneur à mon body, je me suis demande régulièrement à quel moment je suis passée de l’adolescente complexée (somme toute comme la majeure partie des ados) à la jeune femme obsessionnelle du chiffre que cela soit pour elle même (la balance était mon amie) que pour ce que je mangeais. J’étais devenue une spécialiste des calories, des grammes, des mesures à base de cuillères à soupe.  Quand est ce j’ai voulu gommer le fait que j’étais une gourmande, une épicurienne, une passionnée de sucre, une dingue de chocolat au lait, une férue de bonbons, une fille qui ne peut se passer de parmesan quand elle mange des pâtes. Je ne suis pas que ça bien sûr, mais j’ai longtemps combattu cette part de moi. J’en suis arrivée à quasiment nier tous mes désirs pour ce qui me faisait plaisir gustativement parlant. Parce que des années durant, j’ai voulu me faire croire que tout ça c’était mal et qu’il fallait manger uniquement des choses dites « saines » et qu’un carré de chocolat me faisait grossir rien qu’en le regardant. Je ne jurais que par la salade verte avec un filet d’huile d’olive. Bon j’en mange toujours de la salade hein, sauf que maintenant je rajoute plein de bonnes choses avec et que je mets la dose d’huile et de vinaigre. A quel moment, ai-je décidé que devenir une autre que moi était une bonne chose ? Que devenir filliforme devait être the but ultime parce que c’était la promesse d’une vie meilleure. J’exagère à peine quand je dis ça. Longtemps, j’étais suspendue à ses chiffres. Comment on en arrive à se détester parfois au point de vouloir devenir quelqu’un d’autre. D’où cela vient, la famille ? les magazines ? la société comme on dit ? C’est Myriam qui avait évoqué « cette nouvelle forme d’oppression que l’on avait donné aux femmes » dans les commentaires d’un article (je ne me souviens plus lequel, il faudra que tu me le rappelles Myriam :-)). Et je suis d’accord avec ça, une fucking bordel de fuck d’oppression. A partir de quel moment, les femmes ont été prises dans cet étau plein de conneries.

Oui je suis énervée, mais c’est juste que je me rends compte de l’aberration de tout cela et la manière dont cela peut nous faire mal. Durablement en plus. Et je ne sais pas pourquoi cela me vient maintenant, mais j’ai besoin de réponses, j’ai envie « d’étudier » cela. Je réflexionne, mais j’avance aussi n’est ce pas. Parce que je me demande aussi souvent ce que je peux faire au quotidien pour me dégager de ça. J’ai longtemps cru que je resterais enfermée à vie dans une spirale de régimes plus restrictifs les uns que les autres qui obéissaient à mon envie de ressembler à mon idéal « très mince » de perfection.

J’ai encore du chemin à faire, mais je suis soulagée de ne plus voir les régimes comme une fin en soi.

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10 Réponses

  1. Il n’y a pas d’idéal ma chewiiiiiiiiiiii !!!! Je crois que la recherche de son idéal on le recherche toute sa vie !! Je vais pas te refaire mon discours sur mon poids mais j’ai maigri parce que j’avais vraiment besoin de le faire pour ma santé mon bien être et ma vision sur moi même !! 45 kilos en moins sur 4 ans. J’ai refusé de maigrir vite et n’importe comment ! Car les régimes Yoyo j’ai connu pendant 25 ans !! Alors merdouille j’ai choisi comme ça
    au gré de mes envies ( ‘HIIIIIIIII référence Lol ) Sans me priver de mon carreau de chocolat en mettant pleins de bonnes choses dans ma salade etc etc !!!
    Puis un jour je me suis posée la question mais jusqu’ ou dois- je descendre pour être satisfaite car même avec 45 kilos en moins mon image de moi en maillot de bains me  » repousse  » ! Mais je me suis acceptée enfin et de temps en temps un regard d’homme non pervers évidemment qui se pose sur moi je dis Whaouuuuuuuuuuuuuuuuuuuu elle est peut être la ma réussite je suis que sourire, habillée toujours très gai et coloré coupe de cheveux en pétard petit bijoux coloré ou rigolo pour continuer sur la fantaisie j’adapte mes tenues selon les rondeurs qui sont restés je me met pas en mini jupe mais en même temps je ne suis pas dans cette façon de m’habiller vu ma timidité et comme j’ai jamais été habituée à le faire je m’y adapte parfaitement alors oui pour les docteurs j’ai certainement l’Imc qui est encore trop haut mais m’en tape l’essentiel c’est de s’accepter enfin à
    peut prêt comme on est, et de vivre au jour le jour se faire pleins de plaisirs et de trouver enfin sa façon d’être idéal passe t’elle seulement par le poids ?? !!!

    1. Bijour Mariellou !
      J’aime toujours quand tu parles de ton parcours ici, parce que je te trouve très positive, mais honnête dans ce que tu dis. Tes réflexions et tes questionnements font vraiment sens pour moi. Je suis d’accord avec toi pour dire que l’essentiel étant de s’accepter enfin comme on est et que cela ne se situe pas seulement dans ce que l’on pèse. Oui.
      « trouver enfin sa façon d’être idéal passe t’elle seulement par le poids ? » Non, bien sûr que non, mais je dois encore travailler sur cela, parce que je vais être honnête, je n’en suis pas 100% convaincue, mais cela viendra.
      Merci, merci des bisous !!!

  2. Myriam Kalfon | Réponse

    Bravo, qu’est-ce que je suis contente pour toi!!!!!
    Et là, j’ai envie de te dire que c’est le moment de faire un pas de plus : si tu n’avais pas eu le corps que tu as, tu ne te serais pas posé toutes ces questions, pas vrai ? Une fille mince ne s’en rend pas compte, puisque c’est « positif » mais elle est tout autant dans la même logique infernale que tu l’as été ! Pour l’instant, elle s’en apercoit pas, mais qu’elle prenne un peu de poids et paf! Donc ton corps « non conforme » (ô combien de guillemets), c’est une difficulté que tu as rencontré et qui t’as fait grandir, évaluer réfléchir sur un contexte social…. en deux mots : une chance ! Et oui, tu n’y pensais pas comme ca, hein, à l’époque de tes obssessions 😉 .
    Il y a cette phrase très importante pour moi : Some people look for the perfect place, others just turn a place into perfect. Et ca me fait penser par exemple à la quête de l’amour parfait, des gens (dont j’ai fait partie !) qui changent de relation dés qu’ils s’apercoivent d’un défaut, en pensant, ce n’est pas possible, l’amour parfait doit exister quelque part. Et quand je l’aurais trouvé, ca sera l’extase, la vie meilleure, comme tu dis ! On ne peut pas changer de corps comme de mec, mais on peut s’acharner à le vouloir autre. Et comme tu décris si bien le prix à payer pour cela !!!! Par contre, travailler à s’aimer, c’est tout bénef parce que c’est d’abord la paix avec soi et ensuite une tolérance, une compréhension des choses, et un exemple à suivre que l’on propose aux autres.
    Chapeau bas, big up et mes plus respectueuses salutations Elosya. Ton parcours sur ce blog est inspirant.

    1. Salut Mymyriam !
      Oui je ne l’avais pas vu comme une chance, j’ai encore du mal à le percevoir comme cela, mais tes paroles vont faire le chemin dans ma zone de réflexion perso et je pourrais réfléchir à cette idée à tête reposée. Souvent je me dis que ma vie aurait été différente, plus douce, moins rugueuse avec un corps différent. Mais progressivement, je me dis que si les choses se sont passées ainsi c’est qu’il y a une bonne raison et que j’avais peut-être des choses à comprendre. Qui sait ?
      Une chance, une chance, une chance… je vais essayer de voir davantage si cette chance se trouve bien là où je suis.
      « Inspirant » qu’il est doux et réconfortant à mes oreilles ce mot, merci. Vraiment.

  3. et tu as raison c’est pas une solution, je pense que juste réapprendre à manger équilibré aide beaucoup à perdre du poids et faire du sport ou du moins de l’exercice !! mais tu as fait le plus dur je pense 🙂

    1. Salut Miss !
      Oui je crois que j’ai fait une bonne partie du boulot. Pour le sport, c’est plus trop ça, mais j’aimerais m’y remettre. Pour manger équilibré c’est là où le bât blesse, pour des raisons inconscientes j’en suis encore incapable, mais je travaille à trouver mon équilibre et j’y arriverais. Enfin j’espère.
      Des bisous !

  4. Bel article, témoignage touchant. Merci.

    1. Lheureuse Imparfaite, tes mots me ravissent et m’émeuvent, merci à toi !

  5. Je suis d’accord avec toi : nous sommes toutes (plus ou moins bien sûr) figées dans ces diktats de merde, et sans doute guidés par des hommes ? Non là j’extrapole, mais se sortir des régimes, et des chiffres, c’est une bonne chose 🙂 Bises !

    1. Coucou ta3mam !
      Eh bien, elle est intéressante ta remarque, parce qu’effectivement, il y a peut-être au départ des diktats guidés par des points de vue masculins (quoique je ne sais pas). Mais très souvent je note que certaines femmes sont parfois plus sévères et médisantes entre elles sur ce point. Je crois que l’on s’en sortira en se serrant les coudes. Merci pour ce petit mot en tout cas ! 🙂

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