Paraître ou ne point paraître

Je suis sur le quai du RER et un groupe d’une dizaine de personnes s’arrête juste devant moi avant que la rame n’arrive.

Des collègues.

Je les observe discrètement.

A gauche, il y a ces 4 jeunes femmes. Deux d’entre elles animent la conversation. Une autre est captivée par leur discours. Les bras croisés, elle hoche énergiquement la tête et ponctue ses phrases de « ah, mais oui », « bien sûr », « tout à fait ». La quatrième ne dit rien et semble ailleurs.

A droite, il y a un petit groupe de femmes de 40/50 ans. Elles ne sont pas trop loin du groupe central, mais elles semblent ne pas vouloir s’y mêler. Les bras croisés, pas de sourires, elles parlent avec réserve et jettent des coups d’oeil qui se veulent anodins, mais dans lesquels je perçois une certaine animosité, vers leurs collègues.

Au milieu, il y a un petit groupe avec un homme qui attire l’attention. Il parle du resto où toute la « troupe » va aller manger. Ce resto est à Châtelet. L’une des quarantenaires du petit groupe de droite demande alors pourquoi est -ce qu’ils vont là ? Il répond qu’il connaît bien l’endroit. Elle dit alors (assez sérieusement) qu’elle et ses collègues se demandaient si il avait été prévu de manger dans le centre, aussi loin, pour se débarrasser des vieilles (en l’occurrence elle et les autres). Il y a quelques secondes de flottement, puis les rires fusent et le mec rassurant dit que non, bien sûr que non, c’est pas pour ça, voyons. Les 40/50 ne rient pas trop.

En montant, dans la rame, je me suis demandée pourquoi les gens s’infligent les sorties ou repas entre collègues quand ça les emmerdent. Ce qui me frappait pendant l’échange, c’était pas tant l’animosité et l’ambiance prête aux bisbilles qui flottaient dans l’air. Non. C’était plutôt les têtes d’enterrement de plusieurs d’entre eux montrant une sérieuse envie de se télétransporter. J’ai alors repensé à moi, il y a quelques années. J’en ai fait des dîners d’entreprise avant mon expérience actuelle pro. Ces repas où je me débrouillais ni vu, ni connu, pour être assise avec les collègues que j’appréciais beaucoup. Ces repas où des personnes qui vous mènent la vie dure au quotidien dans votre boulot, vous parlent comme si vous étiez devenues leur amie de toujours. Celles qui tirent la couverture à elles et qui monopolisent la conversation. Celles qui vont scruter et commenter la teneur calorique de votre plat et qui vous diront 3 fois en l’espace de 5 minutes que ce dessert au chocolat, c’est 1 min de plaisir, mais direct sur les hanches hein. Et puis il y a les autres avec qui on est ravi de partager un bon repas, parce que l’on apprécie vraiment de manger avec elles, même si c’est dans un cadre pro.

Et je me suis demandée ce qui me poussait à accepter ces dîners à l’époque alors que je ne m’y sentais pas à l’aise. Une envie de me conformer au cadre ambiant ? Le fait de ne pas assumer de dire non je ne veux pas faire ces repas annuels d’entreprises car je n’apprécie pas l’hypocrisie qui s’en dégage ? Le fait de jouer le jeu et de ne pas me retrouver en marge du groupe ? Une envie de participer à ce moment baigné de relationnel collectif en espérant que ces bons rapports pendant le repas influe au quotidien sur les rapports de chacun? Un mélange de tout ça, je pense. Ça arriverait aujourd’hui, je ne sais pas même pas comment je réagirais. Mais je crois que j’aurais du mal à paraître guillerette à l’idée de partager un tel repas. Le plus dur, je crois c’était de me mentir à moi-même et de me dire que oui j’appréciais ses repas. Mais en fait, j’étais totalement mal à l’aise. Je crois qu’aujourd’hui je ne pourrais plus jouer le jeu et faire semblant avec autant d’énergie. Je saurais rester courtoise. Mais je me respecterais davantage et j’apprendrais à dire non.

Enfin. J’espère.

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4 Réponses

  1. Je te comprends. J aime bien ton blog Elosya .Ca me touche de temps en temps c que tu dis. Mais c toujours sympa à lire. Ciaoo

    1. Salut Serge !
      Hey, merci, c’est toujours sympa d’avoir de bons retours.
      Bonne nuit 🙂

  2. Comme je te comprends. J’aime bien ton blog… ca me touche ce que tu dis.

    1. Bonsoir Casablanca 🙂
      Quand tu me dis que cet article te touche, eh bien tu me fais bien plaisir. C’est très gentil ce petit mot.
      Bonne nuit !

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