Je me sens parfois si …

fragile.

Voilà une émotion qui peut se rappeler à mon bon souvenir très vite. Et que je tente de camoufler avec la même rapidité.

Il suffit d’une réflexion involontairement désagréable, mais maladroite d’un collègue sur ma corpulence de fille disons…hum…bien portante. Et paf ma vulnérabilité me revient en pleine tronche. Dans ces cas là, je voudrais gueuler, dire tout ce que je pense, dire que je suis triste, dire que je ne veux pas que l’on fasse référence à cela, même de manière anodine. Que je ne veux tout simplement pas que ça arrive sur le tapis, bordel de merde.

Et non, rien de tout ça, je fais comme si.

Comme si je n’avais pas été le moins du monde dérangée par des mots.

Comme si j’assumais que l’on me décrive indirectement avec des gestes Aaaaammmppples.

Comme si ma corpulence n’était pas un fucking problème pour moi et que j’avais zéro complexes vis à vis de cela.

Des comme si, comme si, comme si qui sonnent faux. Faux, je suis vexée parce que j’ai l’impression que l’on me dit : tu es grosse. Faux, parce que je n’assume en rien que des gestes amples puissent être le reflet de mon corps pour un oeil extérieur au mien (il n’y a que moi qui ait le droit de me représenter ainsi auprès des gens d’abord). Faux, il y a des jours où je me plais et d’autres où mon gabarit me pèse terriblement (oui je sais, jeu de mots facile).

Mais pour être honnête, ce n’est pas tant mes turpitudes obsessionnelles de poids, mes kilos pris de manière quasi industriel en un temps record et mes poignées d’amour (enfin amour c’est un grand mot) qui me tapent sur le système (quoique). Non. J’ai plutôt été agacée par mon côté « je fais bonne figure ». Depuis pas mal de temps maintenant, je me dis qu’il est grand temps de m’accepter dans toute ma splendeur. Que cela soit en terme de succès qu’en terme de décadence. La difficulté étant que j’ai intégré très tôt que la fragilité était le plus grand signe de faiblesse que la Terre ait porté et qu’il ne faut la montrer sous aucun prétexte. Alors longtemps, j’ai roulé des mécaniques. Donnant du : aucun souci, tout va bien, tout est super ok pour moi, ne t’inquiètes pas, je me sens cool et je reste cool, aaaah, mais non tes paroles ne me touchent pas et me vexent à peine. Alors que dans les tréfonds de mon âme, j’avais plutôt envie de hurler des : aAaRRRrGGGGgh, mais toi, j’ai envie de te péter le nez à cause de ce que tu viens de me dire !!!!!! ou autre variante, j’ai trop envie de pleurer et de me moucher dans ton pull parce que je l’ai mauvaise.

Puis la vie passe, la trentaine sagesse arrive et je me suis surprise à avoir plus d’indulgence envers moi-même. Il y a les ami(e)s aussi qui vous prennent comme vous êtes, grosse, chiante, plus mince, joyeuse, triste, susceptible. Et bizarrement sans crier gare, un phénomène d’acceptation inédit, mais attendu depuis longtemps finit par pointer son nez. Ok le chemin est encore long, mais je note que  même si mes réactions ne m’exposent pas sous mon jour le plus favorable, je les assume plus qu’avant. D’ailleurs, même si ma vulnérabilité transparaît, je me sens généralement assez à l’aise pour dire à autrui ce que je pense vraiment : ce que tu me dis me déconcerte ou un vrai « ok, pas de souci ».

Du moins la plupart du temps, mais parfois comme ce fut le cas pour l’anecdote précédente mon double maléfique me rattrape et me pousse à rester dans mes vieilles habitudes. Alors je me dis que la prochaine fois, je pourrais exprimer tout simplement MON ressenti sans que j’ai l’impression de m’écraser ou de me montrer faible. Je me positionne et je ne bloque pas mes fucking émotions. Je rêve du jour où je les laisserais vadrouiller sans muselière et en toute liberté (même toutes nues, si elles veulent). Car je crois qu’être fragile c’est un bon début pour cela, ça doit permettre de ne pas se mentir à soi-même et de savoir ce qui nous touche à un moment T.

J’ai longtemps eu l’envie de cacher cette part de moi (je le fais encore, mais moins) parce que je voulais seulement être perçue (par moi et les autres) comme étant uniquement une fille forte et courageuse. Je change d’avis là dessus et maintenant je me dis qu’être moi-même dans toute ma splendeur ça veut dire aussi être une nénette courageusement vulnérable, mais avec suffisamment de force pour être fragile.

Non ?

Si.

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15 Réponses

  1. « être une nénette courageusement vulnérable, mais avec suffisamment de force pour être fragile » j’adore, c’est tellement bien dit et ça ressemble tellement à ce que je voudrais atteindre!
    Bravo!

    1. Uh uh merci Béné ♥♥♥

  2. exactement !! sois toi même et déjà ça ira tout seule 🙂

    1. Nous sommes d’accord, c’est inadmissible !

    2. C’est pas toujours simple, de base parfois je me demande vraiment qui je suis, mais je finirais bien par me trouver et comme tu dis « ça ira tout seul ».

  3. J’aime bien ton billet, entre autre parce qu’il met le doigt sur une contradiction de « notre société » (pour dire large) que j’avais pas envisagée sous cet angle: on reçoit tellement d’injonctions à s’assumer comme but suprême de l’épanouissement personnel que ça en devient une compétition, et pouvoir dire à quelqu’un « tu m’es vraiment désagréable, ce que tu viens de dire est blessant » devient un signe de faiblesse. S’assumer pleinement empêche du coup d’exister pleinement, dans toutes ses nuances, y compris les moments où on est pas contente ou les moments où on a envie de dire non… C’est mettre le couvercle sur tout ce qui pourrait être perçu comme négatif et au final, on entrave sa personnalité…
    Je ne sais pas si c’est exactement là que tu voulais en venir, mais ça m’a fait cogiter…Merci 🙂

    1. Hello Ness !

      Si si, tu résumes et développes très bien mon propos 🙂 et tu mets le doigt sur cette contradiction de société effectivement où l’on nous dit « assumez-vous » et cela fini par sonner comme tu le dis comme une forme de compétition avec une idée de perfection à atteindre et dans le même temps on ne se sent pas suffisamment bien pour dire « c’est désagréable ce que tu me dis ». C’est difficile.
      Je suis ravie de voir que tu as pu cogiter par ce billet et que ce sont des notions qui te parlent !

      Bon après-midi !

  4. Ton billet touche pile poil le petit coeur sensible que je suis !!
    Ah ces faiblesses pas toujours simple de l’ai apprivoiser mais je crois qu’on y travaille toute pour devenir plus forte et d’une sagesse infinie !!!!
    Bisesssssssssssssssss

    1. Merci Marielle !

      C’est du travail, mais c’est vrai que devenir plus forte et avoir une sagesse infinie c’est un bel objectif :-).
      Bises

  5. Il faut prendre nos faiblesses et en faire une force *maître Miyagi inside*.

    Etre toi-même dans toute ta splendeur, je trouve ça beau.

    1. Han merci Panda, je suis complètement d’accord avec toi. J’aime ta sagesse !

  6. Si !

    Je suis bien d’accord avec ta petite conclusion. Il faut accepter nos faiblesses,c’est ce qui nous rend un peu plus fort.

  7. Merci pour ce bel article qui est si émouvant. Je me suis reconnue dans cette fragilité que tu réussis si bien à exprimer. Jusque là, j’essayais de la refouler et j’apprends maintenant à l’apprivoiser un peu plus tous les jours. Pas complètement gagné mais sur la bonne voie!

    1. Ca me fait plaisir que tu te sois reconnue dans ce que j’ai écrit. Je te comprends quand tu dis que tu as essayé de la refouler. C’est dur de l’apprivoiser, mais je suis contente de voir que tu te sens sur la bonne voie :-).

      Bonne journée !

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