J’ai énormément de répartie (dans ma tête)

La Poste (aka nouvellement nommée La Banque Postale).

Ses néons qui font mal aux yeux. Ses bornes d’affranchissement. Ses enveloppes belles et créatives.

Et ses longues file d’attente. Très longues les files.

C’est l’heure de pointe. Je poireaute depuis un moment déjà. Prends ton mal en patience que je me dis. Oui mais putain de merde, je viens seulement pour un fucking recommandé ajoute ma voix vénère. Et c’est là qu’arrive une nouvelle guichetière : « pour les personnes de la file venant chercher un recommandé, je vous invite à me donner vos avis de passage et une pièce d’identité afin de gagner du temps ». Un monsieur et moi-même avançons vers la dame. Elle se dirige d’abord vers le monsieur, prend son avis, vérifie sa pièce d’identité et lui demande de patienter. Je m’avance à mon tour, la guichetière me jauge du regard et me fait : vous désirez ? Moi : oui bonjour je voulais vous donner mon avis de passage. La guichetière : non mais mademoiselle je n’ai pas quatre bras tout de même donc vous patientez s’il vous plaît. Je l’ai un peu mauvaise et rétorque : oui je vois bien que vous n’avez pas quatre bras. Enfin par ailleurs si vous n’êtes pas disposée à prendre plusieurs avis de passage, je ne vois pas l’intérêt de les demander. Et toc. La meuf me regarde vénère, elle est vexée, mais elle finit par prendre mon avis de passage. Les autres usagers me regardent avec un petit sourire. Moi je suis toute contente de ma pique. Ha ha, elle ne l’aura pas volée celle là.

Oui, sauf que tout ça s’est passé dans ma tête. En vrai, j’ai pesté contre elle suite à sa remarque, mais j’ai même pas eu le temps de lui redire un truc qu’elle s’était déjà barrée la biatch. Et qu’après avoir donné son recommandé au monsieur, elle est partie se planquer repartie dans la remise où se trouvent les colis et elle n’est pas revenue la biatch bis repetita. Et j’ai continué à faire la queue comme tout le monde. Enfin comme une conne surtout.

Voilà comment une nouvelle fois ma répartie est allée voir ailleurs si j’y suis. Juste une connerie, une boutade, une pique aurait suffit. Meuh non, juste le néant. La guichetière de la poste, l’agent Ratp, le vigile du magasin, le vendeur de chaussures pouvaient me sortir un truc pas cool et je restais là sans rien dire. Autre variante, je faisais preuve d’agressivité et ça finissait en joute verbale vénère. Le pied quoi.

Mais un jour, il y a eu THE big moment. Tu sais c’est le jour où tu es confrontée à un interlocuteur assez véhément et tu as préparé tes réparties de la mort qui tue un tas de fois dans ta tête (devant la glace aussi). Tu adoptes un ton ironique, sournois, bienveillant, agressif, vénère, sure de toi. Tu prépares ta pose, le positionnent de ta tête, de tes mains et de ton regard. Et puis le jour où tu peux la sortir, elle te reste en travers de la gorge (tout comme les paroles de ton interlocuteur) et tu repars la queue entre les jambes (ouh la il y a moults allusions sexuelles involontaires dans cette phrase) et tu finis par rejouer la scène comme d’hab dans ta tête. Eh bien ce jour est arrivé. Il fut un temps quand j’étais une chtite jeunette, j’ai côtoyé dans un contexte bien particulier une dame qui parlait mal mais alors très mal aux gens. Je faisais partie de ces personnes et aucun de nous n’était foutu de lui tenir tête ou de se défendre convenablement. Nous étions toujours pris au dépourvu. On en parlait énormément entre nous. On essayait de se donner mutuellement du courage. Mais rien n’y faisait. Et puis un jour, je me suis faite enguirlandée suite à une boulette que j’avais pu faire. Je n’étais pas la seule responsable mais ce jour là j’étais le bouc-émissaire. Et puis sournoisement l’échange a basculé sur ma personnalité en général qui selon les dires de la dame « aurait du me poser problème ». Et pour le coup, cela n’avait vraiment pas sa place dans cet échange. C’est d’une voix calme et assurée que j’ai dit ces quelques mots : vous n’avez pas besoin de me parler sur ce ton.

Léger moment de flottement. De mon côté, je n’arrivais pas à croire que j’avais enfin réussi à m’exprimer et mon interlocutrice semblait également complètement prise au dépourvu. Elle répond balbutiante et très surprise : m…m…mais…mais je…mais je…mais je vous parle sur le ton que je veux d’abord, vous pensiez que je vous enverrais des fleurs. Moi : ce n’est pas la demande que j’ai formulée. Je prends ma part de responsabilités vis à vis de mon erreur mais je souhaite que nous restions uniquement sur ce sujet et que cela se fasse avec respect et sans agressivité.

S’en est suivie une conversation où je suis étonnamment restée calme et maîtresse de mes mots tout en continuant à défendre ma position. Excédée, mon interlocutrice a stoppé l’échange. C’est plus tard dans la journée que la pression est redescendue et que j’ai savouré ce moment. Je me suis rendue compte que j’avais vraiment ouvert la porte de quelque chose et que je ne me sentais plus enfermée dans le schéma : interlocuteur reloud, je ne réagis pas, je rumine THE bonne répartie dans ma tête. Non maintenant, je suis plutôt dans le super combo : interlocuteur reloud, je rétorque de manière calme ou humoristique et je ne rumine plus. Bon je vais pas te mentir, j’ai encore parfois du mal à répondre dans certains contextes mais j’arrive tout de même à défendre mon bifteck quand un vendeur essaie de m’imposer l’achat d’un article et tente de me culpabiliser. Ou encore quand l’opticien chez qui je vais chercher des colis de VPC tente de me faire la misère sous prétexte que je ne viens rien acheter dans son magasin. Ou quand une personne de l’administration tente de me casser les bonbons pour un papier. Dans ces cas là, je respire et à défaut de lui foutre une grosse torgnole, je tente de répondre avec calme. Généralement ça leur coupe l’herbe sous le pied et ils finissent par se calmer tous seuls. Je suis très loin du maître zen méditatif et il m’arrive aussi de péter des câbles et de me prendre le chou avec ces quidams. Toutefois je me dis très vite qu’il vaut mieux laisser couler et que si je ne rumine plus à tout va ce n’est pas pour laisser un/une abrutie me bouffer mon énergie.

Non mais :-).

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6 Réponses

  1. Tout pareil … Je mouche les cons à la perfection mais sans toujours le leur dire …
    Ceci dit, je progresse doucement mais sûrement … Je me force un peu à répondre, jusqu’au moment béni où ça deviendra un réflexe !
    PS : Mon bureau de poste a été relooké de fond en comble, y a plus vraiment de guichets mais des sortes de bornes d’accueil. Ca va achement plus vite et j’ai l’impressions que les employés ont reçu une formation accélérée pour ne plus être désagréables mais compétents !

    1. « Ceci dit, je progresse doucement mais sûrement … Je me force un peu à répondre, jusqu’au moment béni où ça deviendra un réflexe ! » cool, cool !
      Oui j’ai cru voir que les bureaux se font relooker. Je dois dire que généralement les guichetiers sont tout de même beaucoup plus sympas et compétents que cette dame.

  2. Oh punaise comment je me reconnais dans tout ce que tu décris! Combien de fois me suis-je rejouée des scènes où enfin ma répartie de la mort qui tue arrive au bon moment!
    Ces derniers temps, j’ai l’impression que ça va bien mieux. Comme si ça venait avec une meilleure estime de moi et une plus grande confiance en moi.
    C’est ça aussi que j’appelle améliorer ses relations avec les autres.
    D’ailleurs à ce propos je me penche sur la programmation neuro-linguistique, tu connais déjà peut-être. Ca peut être super utile parait-il.

    Bisous!!!

    1. Effectivement je pense que quand on se sent plus sur de soi, on se sent plus libre de s’exprimer surtout dans ce genre de situation.
      Oui je connais un peu la PNL, j’ai des proches qui s’y intéressent et qui m’en ont déjà parlé. Ça semble vraiment pas mal comme technique, contente que tu te penches là dessus.

      Bisous !

  3. BRAVO pour cette évolution ! Bon WE.

    1. Merci Glycine ! Bon weekend à toi aussi !

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