Je l’ai, je le garde

Vendredi 8h30, je lis Direct matin tranquilou sur le quai en attendant le métro.

Je me dis que c’est bientôt le weekend. Qu’il y aura sûrement moins de monde que d’habitude. Je serais peut-être debout mais je pourrais au moins lire mon petit journal sans avoir à faire la contorsionniste pour tourner une page. M’enfin depuis que je sais tourner une page de journal avec mes dents je suis moins inquiète.

Bref.

Le métro arrive. Je regarde le wagon et je range mon journal. La rame est plus blindée que jamais. Une porte s’ouvre. J’y vais ? J’y vais pas ? J’attends le prochain ? Bon j’y vais. Je m’engouffre tout en essayant de ne pas écraser trop de pieds.

J’essaye d’adopter une position confortable. Les portes se referment. Il fait une chaleur torride. Nouvelle station, nouvel arrivage d’usagers. Je me disais, il n’y a plus de place, plus personne ne pourra rentrer. Pourtant comme dit si bien l’adage quand il n’y en a plus, il y en a encore. Ça pousse, ça rentre au compte-goutte, ça ne respire plus et ça se fige lorsque les portes se ferment. Puis rebelote à la nouvelle station. Je tente de tourner un peu la tête, histoire de bouger une partie de mon corps. Et là à ma gauche, je vois le regard passablement irrité de 4 personnes. Une dame se met à parler à l’adresse de quelqu’un avec une pointe d’agressivité. Puis je vois qu’elle parlait en direction d’une autre dame qui se lève d’un strapontin. Elle jette un regard méprisant et limite haineux à celle qui lui a semble t-il fait remarquer qu’il état temps qu’elle lève son cul sachant que la rame était overblindée et que l’on manquait sacrément de place (elle ne lui a pas dit comme ça mais c’est tout comme). Elle se met debout en levant les yeux au ciel et en soufflant genre Pffff chuis trop soulée de devoir me lever en pleine heure de pointe. Elle regarde ses contemporains avec un air mauvais et renfrogné. Elle souffle encore avec son air blasée. Je la jauge du regard. Malade ? Non. Femme enceinte ? Non. Handicapée moteur ? Non. Casse couilles qui s’est prise pour la reine de la pampa et qui a cru qu’elle pouvait s’octroyer le droit de ne pas lever son cul d’un strapontin en pleine heure de pointe ? OUI. Alors déjà que la proximité entre usagers du métro dès le matin c’est un concept en soi déjà bien hardcore, stressant et énervant. Mais ce genre de comportement je peux te dire que ça m’énerve au plus haut point.

C’est juste qu’en dehors des cas précédemment cités, j’ai du mal à comprendre cet attachement viscéral au strapontin. Un objet usuel et symbolique du métropolitain s’il en est, mais aussi peu esthétique et peu confortable également. Et les gens attachés à leur strapontin, je ne peux pas. J’ai envie de les pourrir parce qu’un strapontin n’appartient à personne, il appartient à tout le monde et je pense qu’il est utile de le rappeler. Alors écoute moi bien, oui je vois bien que tu te sens visé, tu sais que je te parle :

– toi le mec avec ton attaché case et ton journal, tu fais mine de continuer à lire et de ne pas voir que la rame se remplit. Tu fronces les sourcils et prends un air encore plus concentré genre : tiens je n’ai pas encore lu cette rubrique people dans le journal, je vais m’y plonger intensément en faisant fi de ce qui se passe autour de moi.  Ça se remplit et pourtant tu restes le nez dans ton journal, ça fait bien 5 minutes que tu sembles lire la même rubrique. Et puis subitement, tu sembles te rendre compte qu’il y a des gens debout autour de toi qui râlent parce que toi et ton strapontin prenez de la place et qui n’attendent qu’une chose c’est que tu te lèves. Alors tu lèves la tête et prends ton air le plus surpris genre : quoi, oh mais dis donc il y a plein de monde autour de moi, oh, mais je n’avais pas du tout remarqué tous ces gens bien qu’ils soient là depuis 10 bonnes minutes (dans ces cas là, on sait que comédien n’est pas ton métier). Et tu prends l’air du mec qui veut signifier aux autres usagers que non bien sûr que ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est juste que tu étais dans un autre monde, lire cette rubrique dans le journal t’a tellement transcendé que tu n’as rien vu.

-ha et pendant que j’y suis, je te parle aussi. Oui toi la jeune femme avec ton sac à main sur les genoux qui regarde par la vitre. Il y a des personnes qui arrivent et il y a une petite mamie qui se faufile juste à côté de toi. Le métro repart et elle tente de se cramponner tant bien que mal à une barre, puis à une porte, puis à une poignée. Tu continues à regarder la vitre intensément et sérieusement comme s’il se passait un truc de ouf inconnu de tous. Alors que soyons honnête, il n’y a que l’obscurité et rien de très intéressant de l’autre côté de la vitre. La mamie te marche sur le pied et cette fois-ci, tu sembles enfin la remarquer. Tu lui jettes un regard glacial, la pauvre s’excuse tout en essayant de se cramponner là où elle peut et tu reprends ta contemplation évanescente de la vitre. Heureusement que tes voisins sont plus humains réactifs et qu’ils proposent leur strapontins à la mamie.

-et toi au fait là, ouh ouh, oui toi la nana cachée avec ton livre. Tu as pourtant bien remarqué cette maman épuisée avec sa poussette. Elle est rouge, essoufflée, elle s’appuie contre la porte. Je crois qu’elle va faire un malaise. Tu lèves discrètement les yeux de ton livre pour les baisser presque aussitôt. Je vois bien que tu es un petit peu mal à l’aise mais pourtant tu ne daignes pas bouger ton popotin. Tu lui lances des regards affectés et plein de solidarité comme pour lui dire : ça me dérange tellement de vous voir fatiguée madame. Bah oui, il ne faudrait pas qu’elle croit que tu n’as pas envie de laisser ta place. Non, c’est juste que tu es tellement prise par cet ouvrage que dès que tu replonges la tête dedans et bien tu oublies que le monde extérieur existe. C’est cela oui.

Alors mes ami(e)s, il faut raison garder. Un strapontin est porté à l’usage de tout un chacun et tu as parfaitement le droit de l’utiliser. Soit. Mais pense aussi qu’il est toujours agréable de ne pas faire aux autres ce que l’on ne veut pas que les autres nous fassent. Donc un jour peut-être tu seras une mamie, un papy ou très malade ou handicapé par des béquilles ou un plâtre ou maman, papa, avec une poussette. Et ce jour là, un usager digne de ce nom t’offrira sa place et tu le remercieras avec moult gratitude dans les gestes et les paroles. Limite, tu auras la larme à l’oeil de voir autant de générosité pour son prochain de la part d’un inconnu (oui forcément tu ne sais pas ce que c’est). C’est tout le mal que je te souhaite car à ce moment là tu te souviendras peut-être que la compassion et l’empathie c’est pas mal et qu’un bon geste si petit soit-il n’a jamais fait de mal à personne.

Ou bien.

A contrario, tu resteras comme un(e) con(ne) debout, en appui sur une porte, sur la barre ou sur quelqu’un. Pendant qu’une partie de toi-même sera concentrée pour rester en l’équilibre, dans le même temps l’autre partie maudira tous ces connards qui ne daignent pas lever leur cul pour te faire place. Et tu comprendras pleinement à ce moment là, le sens de l’expression « connaître un retour de bâton ». Tu regarderas intensément tous ces relouds qui regardent ailleurs, qui font mine de lire un livre passionnant et qui t’esquiveront avec talent. Et ça te rappellera des souvenirs car il n’y a pas si longtemps, tu étais à leur place. Sauf qu’aujourd’hui tu es de l’autre côté de la barrière et tu as bien les boules. Et mon ami(e) c’est aussi tout le mal que je te souhaite.

Au plaisir.

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8 Réponses

  1. Et oui ce sont les joies de la rentrée ! Je crois qu’on ne peut rien y faire sauf ne pas perdre nos bonnes manières et notre sang froid ! Il m’est déjà arrivée avec mes frères en bas âge de rester debout, mais en bonne filoute je leur trouvais toujours au moins un siège pour deux… Après il y a parfois des gens gentils qui aident les mamies et te donne un sucre quand tu fais un malaise (véridique) alors gardons la foi et virons ces gens des strapontins tu as raison ! 😉 Au fait, balèze de tourner les pages du journal avec tes dents, je suis admirative !

    1. Complètement d’accord, il faut encore y croire et restez optimistes sur le comportement des gens et puis si tu me dis qu’il y a encore des gens qui assurent en cas de malaise alors je me dis que tout n’est pas perdu. Tu avais bien raison de filouter ça devait être le meilleur moyen pour avoir une place.
      Ha ha pour le journal et les dents, ce sont des années de pratique mais il faut tout de même que la page soit un peu cornée sinon ça ne fonctionne pas ;-).

  2. Ca me rappelle combien je suis heureuse de m’être expatriée de cette ville de malades! Courage ma poulette, la fin du monde est pour demain!

    1. Ha d’accord pour demain, j’étais pas prévenue. Merci pour l’info.

  3. Ah comme c’est agréable de voir qu’il y a encore des gens que ça choque qu’on ne cède pas sa place aux personnes pour qui la station debout est pénible.
    J’ai tant l’impression que tout le monde est devenu égoïste.
    En tant que maman ayant eu à prendre les transports en commun avec un bébé, j’ai adapté ma mobilité à l’égoïsme des autres: j’ai préféré l’écharpe de portage à la poussette. La poussette est bien trop encombrante dans un métro ou un bus (le métro toulousain est bien plus petit que le métro parisien), c’est chercher la merde que de se déplacer en poussette (à mon avis). Alors que bien calé dans l’écharpe de portage, bébé prend peu de place.
    Maintenant mon fils a 3 ans et n’a donc plus besoin de poussette depuis un moment. Mais quand on arrive dans un bus bondé et que les jeunes gens ne le laissent pas s’asseoir, je le tiens dans mes bras et je m’accroche bien pour qu’il ne tombe pas. Pourtant, selon le réglement les places assises sont réservées par ordre de priorité aux invalides de guerre, du travail ou civils, femmes enceintes, personnes accompagnées d’enfants de moins de 4 ans, personnes agées de plus de 65 ans. Donc à la rigueur, les vieux de plus de 65 ans qui ne se lèvent pas, je comprends.
    Mais tous les autres, je les laisse entendre ce que je dis haut et fort à mon fils: « quand tu seras grand, tu seras bien élevé, donc il faudra laisser la place aux personnes qui ont du mal à rester debout, comme les mamies ou les dames qui ont un bébé dans le ventre, ou les petis enfants comme toi qui pourraient tomber ».
    Bizarrement, peu de gens rougissent, je crois qu’ils ne se sentent pas visés par le terme « mal élevés ».

    1. Bah effectivement, ils doivent se dire que tu parles à quelqu’un d’autre ces cons (tu remarqueras que je ne suis pas souvent vulgaire mais ce genre de comportement ça m’énerve vraiment grrrrrr).

  4. C’est amusant, j’ai gribouille sur le thème… A venir, mais si tu le permets, j’ai déjà un lien pour étayer le mien. Bizz

    1. Oki pour le lien. 🙂

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