History of violence

En lisant cette article, une histoire m’est revenue :

Collège. Cours de sport. Gym.

A 14 ans, je ne fais pas parti de l’élite sportive de la classe. J’ai compris depuis longtemps que mes notes en sport et plus particulièrement en gym ne seraient jamais très hautes alors je répète mollement mes figures pour un enchaînement en gymnastique. Je suis dans le groupe de niveau « faible » et du coup je ne suis pas très sollicitée pour les exercices. Ça ne me dérange pas, ça me laisse le temps de discuter pendant le cours. Pendant une conversation, je me greffe à l’un des groupes de filles qui discutent. E. fait office de leader dans ce groupe. Elle accapare l’attention et les autres filles boivent ses paroles.

Voilà que E. a un problème, elle est enrhumée mais n’a plus de mouchoirs. Les filles regardent vite dans leurs affaires si il n’y a pas un mouchoir qui traîne. Rien. C’est la panique. Comment vont-elles pouvoir contenter leur reine et ne pas s’attirer son courroux. D’un coup A. rigole et dit : ben si t’as pas de mouchoir, t’as qu’à prendre le pull de L., elle l’a laissé dans un coin. L. n’est pas une fille populaire dans la classe. Elle a quelques copines mais très régulièrement des garçons ou des filles lui balancent des méchancetés, l’humilient devant la classe. Elle est devenue un bouc-émissaire pour les autres qui ne se font pas prier pour passer leurs nerfs sur elle.

E. sourit : bah ouais c’est une bonne idée, je vais le récupérer discrètement. Elle se lève, prend le pull  et le ramène aux filles du groupe. Elle nous regarde puis se mouche dedans. Nous sommes plusieurs à être interloquées par son geste. Hilare, elle dit : ça va, c’est pas grave, elle le lavera son pull, on s’en fout. Puis E. a soudain une idée : hé les filles et si on le faisait toutes de se moucher dans son pull, ça lui fera les pieds à cette connasse de L.qu’est ce que vous en pensez ? Plusieurs acquiescent. Une première fille prend le pull et crache dedans. Puis une autre vient et se mouche. Ces jeunes filles si vives et pleine d’esprit 5 minutes auparavant entreprennent avec plaisir de démolir L. le pull de L. Certaines insultent le pull comme elle le ferait si L. était là : salope, tiens prends ça connasse. Elles jettent le pull par terre et sautent dessus. J’assiste à un défilé d’harpies. E. m’invite à faire de même, je refuse. E. insiste et me plante le pull sous le nez. Je refuse une nouvelle fois. Une autre fille refuse également. E. capitule finalement devant nos refus non sans nous avoir jeté des regards lourds de sens genre vous allez le regretter. Puis E. remet le pull à sa place en le pliant soigneusement pour cacher les traces. Elle se rassoit et attend avec ses copines que L. récupère son pull. Plus tard pendant le cours, le groupe de filles est séparé. J’en profite pour prendre L. à part : écoute moi, ne vas pas récupérer ton pull, les filles ont craché dedans et elles attendent de voir ta réaction quand tu vas le récupérer. Si tu y tiens, reviens le prendre plus tard mais attends que les autres soient partis.

17h. Le cours de sport se termine. Le groupe de filles attend un peu mais pressées par l’envie de rentrer chez elles, elles rangent finalement leurs affaires et s’en vont. Je m’attarde, vais dans le gymnase et voit L. en train de pleurer avec une de ses amies. La prof de sport vient la voir pour savoir ce qui se passe. Elle est effondrée. Je pars sans lui avoir signifié ma présence.  Je me sens honteuse de ne pas la réconforter et responsable de la voir dans cet état. Je me demande combien de fois encore elle sera humiliée, combien de temps encore sera t-elle un bouc-émissaire ? J’ai osé dire non aujourd’hui mais combien de fois ai-je eu peur de parler ? combien de fois j’ai appliqué la loi du silence par peur des représailles ? par peur de devenir à mon tour bouc-émissaire ?

Un jour, notre classe est informée que L. ne viendra pas en cours de la semaine. On apprendra ensuite par des bruits de couloir les médicaments, la lettre laissée à sa mère qui appelle au secours. Quelques temps après, L. revient dans le collège. Les gens ont changé de comportement vis à vis d’elle. Ils la considèrent avec davantage de sympathie, de respect. Elle semble plus forte, plus agressive aussi, on sent qu’elle a décidé de ne plus se faire emmerder.

Plusieurs années plus tard, des personnes la côtoyant encore m’ont dit que L. avait trouvé sa voie professionnellement et qu’elle avait rencontré un mec avec qui elle nageait dans le bonheur. Il y a 2 ans, j’ai vu L. dans un magasin à Paris. Souriante, accompagnée d’un jeune homme, elle était radieuse. Je n’ai pas osé aller l’aborder, par peur qu’elle ne me reconnaisse pas ou peut-être par peur qu’elle me reconnaisse et que son instant de bonheur prenne fin à cause de moi et des souvenirs du collège. Mais j’étais heureuse  pour elle et je me suis dit que j’aurais voulu aller voir la L. de 14 ans et lui montrer ce futur radieux. Lui dire qu’elle allait réussir à surmonter tout ça.Lui dire que passées les années collège, elle aurait droit à plein de beaux moments.

Lui dire qu’après ces années, les beaux jours l’attendraient quelque part bien au chaud.

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